Comme Alice tombée au fond du trou, elle arriva au bout d’un tunnel sombre et profond, mais aucune lueur pour l’accueillir, rien que l’obscurité. Il ne faisait pas froid, ni peur, juste noir. Puis ses yeux s’habituèrent petit à petit et commencèrent à distinguer des formes, petites et scintillantes, comme les lucioles lumineuses dans la nuit. Enfin, elle découvrit son environnement, comme si elle était au cœur d’une nuit étoilée, au milieu de l’univers, toutes ces petites lumières lui semblaient vivantes, animées par une joie profonde, de l’amour même. Elles dansaient, tourbillonnaient, riaient. Toutes individuellement et reliées par une énergie englobante et rassurante.
Était-ce ici que les âmes se retrouvaient quand les corps étaient morts ? est-ce que toutes ces petites lumières étaient nos défunts et au-delà ?
Elles l’invitèrent à danser avec elles, à rayonner aussi, et elle sentait cet élan très fort, cette envie, de ressentir cette joie, cette allégresse et de vouloir les vivre dans son corps physique. « Je veux vivre » s’écria en elle.
Mais sans conflit, les petites lumières entendirent, acceptèrent, ne semblèrent pas touchées par cette expression qui semblait les rejeter. Elle les rejoignit alors pour danser. C’est alors qu’elles l’entourèrent avec amour, et elle se vit, à distance, découpée en morceau par ces petites fées. Certaines partaient avec la tête, d’autres avec les bras ou les jambes. Sans colère, sans volonté de détruire, mais avec cette joie initiale et l’envie de la compter parmi elles. Du plus profond d’elle, elle sentit une révolte : « Non ! je ne suis pas d’accord ! je veux garder mon intégrité, mon alignement ! ». Et instantanément, sans résistance aucune, elle retrouva son corps comme si de rien n’était.
Elles acceptèrent alors qu’elle était avec elles tout en étant différente et que malgré cela, elles pouvaient vivre un moment ensemble et ressentir ces mêmes sensations dans des corps différents.
Elle se laissa alors danser, au son des tambours qui montaient peu à peu à elle, comme une danseuse de flamenco, fière, droite et sensuelle. Avec cette énergie de la guerrière protectrice, son corps étant son enveloppe, déterminée, garante de son intégrité et non destructrice.
Les fées, lucioles lumineuses, dansaient autour et avec elle, à leur façon, quelque peu empreintes de son énergie.
Puis, elle sentit avec les sons des tambours une présence, et lentement, elle commença à observer son environnement. Elle était jusque là tournée vers l’univers, la nuit profonde parsemée de milliers de lumières.
Derrière elle, la Terre, à une certaine distance, plongée elle aussi dans la nuit. Le son des tambours devenant plus fort fût alors accompagné par d’autres lumières. Il semblait que la musique leur était destinée et qu’avec le son, d’autres lumières brillaient. Tous ceux qui, à ce moment-là, faisaient résonner leur tambour ou se laissaient toucher par eux, avaient le cœur qui brillait et qu’elles pouvaient voir de si loin scintiller. Comme un miroir de leurs propres lumières dans le ciel, un lien invisible les reliait.
Elle ressentit alors une profonde gratitude pour ces vibrations, car autour d’elle, les petites lumières sentaient qu’elles n’étaient pas oubliées, et qu’en cadeau, elles recevaient la vie, le mouvement, dans ce ciel bleu foncé, elles dansaient.
Beaucoup d’amour circulaient grâce à ces cœurs allumés pour toutes ces fées célestes. La connexion du terrestre au divin était faite, du monde physique au monde subtil, les ondes vibratoires pures circulaient, comme les ronds laissés par une pierre à la surface de l’eau.
C’était comblée par cette compréhension du cœur, de l’âme qu’elle quitta les fées, sans tristesse, avec amour, sachant qu’un jour, elle serait parmi elles et qu’elle danserait aussi au son des tambours.

Aquarelle réalisée à l’eau de la source Minnebron
